Richard Vallance







Vallance Review 54
February = février 2006

Pierre de Ronsard (1524-1585)

Je vous envoie un bouquet...
This is as fine and fair bouquet ...

[en textes parallèles en français et en anglais = parallel texts in French & English]



Introduction

NOTE :

Chaque alinéa du texte intégral de cette critique littéraire paraît en français, suivi du même paragraphe transcrit en anglais.

Each paragraph of the full text of this review is first presented in French, with the same paragraph transcribed into English after it.


Suivant notre approche coutumière au mois de février à la critique littéraire des sonnets, nous tenons à faire valoir encore cette année un sonnet qui traite de l'amour. Ainsi avons-nous choisi un sonnet épatant par l'un des poètes les plus célèbres de la Renaissance en France, soit Pierre de Ronsard, celui qui recevait tant d'honneurs à la cour du roi François 1er, où tout le monde le célébrait comme « Le poète des princes et le prince des poètes ». Comme écrivain de sonnets, Pierre de Ronsard se situe au même rang que les grands poètes, Francesco Pétrarque (1304-1374) et William Shakespeare (1564-1616). Il serait bien difficile de trouver d'autres écrivains de sonnets dans la littérature occidentale qui puissent rivaliser avec l'art élevé de ces trois maîtres absolus du genre. Parmi les critiques littéraires, il y en a quelques-uns qui estiment les sonnets de Ronsard encore plus que ceux de Francesco Pétrarque ou de William Shakespeare. Moi, je partage ce point de vue. En effet, au cours de la longue histoire du genre depuis le 13e siècle, le poli stylistique des sonnets de Ronsard est à peu près incomparable.

As is our custom in February, here we are again this year reviewing a delightful sonnet all about love, by none other than the most famous of all French Renaissance poets, Pierre de Ronsard (1524-1585), who was widely honoured at the court of France's King, François Premier as "Le poète des princes et le prince des poètes" (The Poet of Princes and the Prince of Poets). As a sonneteer, Pierre de Ronsard ranks alongside such greats as Francesco Petrarch (1304-1374) and William Shakespeare (1564-1616). We would be hard pressed to find any sonneteer in the Western world to match the exalted art of these three high masters of the form. There are many literary critics who hold Ronsard's sonnets in even higher esteem than either Petrarch's or Shakespeare's. You can count me amongst these critics. Indeed, Ronsard's polished style as a sonneteer is almost unparalleled in the 800 year history of the genre.

Inspiré d'une part par les grands poètes latins de l'ère classique, soit Horace et Ovide, d'autre part trouvant son inspiration auprès du poète italien et son mécène, Francesco Pétrarque, Ronsard se vouait à perfectionner son style, disons, son cachet personnel comme l'un des plus grands écrivains de sonnets sur la scène mondiale. Nous avons déjà attesté le rôle clef qu'a joué Ronsard comme leader indiscutable du mouvement littéraire de la Renaissance française connu sous le nom de « La brigade de la Pléiade ». Si vous voulez bien en savoir plus au sujet de Pierre de Ronsard et de sa position centrale dans La Pléiade, nous tenons à vous inviter à lire les sections pertinentes de notre critique littéraire d'octobre 2005, soit, Vallance Review 50, October 2005.

Inspired on the one hand by the great Latin classic poets Horace and Ovid, and on the other by the stellar Canzoniere of his Italian mentor, Francesco Petrarch, Ronsard strove to perfect his own individual style, his own cachet as a world class sonneteer of the first order. In Vallance Review 50, October 2005, we explored Ronsard's key role as the undisputed leader of the French Renaissance literary movement known as "La brigade de la Pléiade" (The Pleiades School of Poetry); so if you wish to brush up on Ronsard's key position in "La Pléiade", we encourage you to read the relevant sections of that review.

Suivant l'exemple de son précurseur renommé, Pierre de Ronsard a composé somme toute plus de 300 sonnets, ce qui constitue une oeuvre intégrale beaucoup plus vaste que les seuls 154 sonnets de William Shakespeare. En dépit du volume impressionant de leurs oeuvres complètes, Pétrarque ainsi que Ronsard n'y ont jamais dilué ni la qualité littéraire de leurs sonnets, ni l'empreinte de leur génie. À la différence des sonnets de Shakespeare, qui sont généralement plus ou moins lapidaires, porteurs de bon sens, passionnants au niveau psychologique et souvent querelleurs, ceux de Ronsard témoignent plutôt d'une imagination bien plus subtile chez un poète qui cherchait toujours les qualités plus raffinées de la sensualité, poète qui se ravissait du mystère et des charmes de la beauté féminine et qui était au fond bien moins porté à ne pas mâcher ses mots. Nous voilà donc témoins d'un écrivain bien plus introverti que ne l'est son collègue anglais.

Like the famous Francesco Petrarch before him, Pierre de Ronsard composed more than 300 sonnets, an output far in excess of Shakespeare's mere 154 sonnets. Nor did Petrarch or Ronsard ever once sacrifice literary quality or the hallmarks of their personal genius to the sheer volume of their sonnet opus. Unlike Shakespeare's sonnets, which are generally pithy, earthy, psychologically gripping and sometimes even contentious, Ronsard's sonnets are the products of a far more subtle imagination, of a poet who was much more given to the finer qualities of sensuality, a poet who delighted in the ravishing charms of feminine beauty, a poet who was, in a word, far less outspoken and considerably more introverted than his great English compeer.

Évidemment, on ne perçoit pas du tout dans les sonnets de Ronsard le franc-parler qui fait tellement ressortir l'ironie des sonnets de Shakespeare. Là où Ronsard se livre à l'ironie, il la souligne de façon subtile et raffinée à la fois. On peut même conclure que Shakespeare est avant tout l'écrivain de sonnets le plus dramatique de la Renaissance, tandis que Ronsard en est l'écrivain le plus aristocrate et le plus civilisé. Car il soigne le moindre détail en composant ses sonnets, dont la beauté polie ne cesse de nous fasciner, sinon parfois même nous ravir.

Clearly then, none of Shakespeare's testiness or stark irony invests the sonnets of Pierre de Ronsard. Where Ronsard does indulge in irony, his is subtle and refined. While Shakespeare is par excellence the Renaissance's sonneteer of the theatre pit, Ronsard is the era's most aristocratic and civilized sonneteer. He lavishes the greatest compositional care on his sonnets, whose polished beauty invariably mesmerizes and can even amaze the reader.

Sur ce, nous vous invitons tous à lire avec soin un des sonnets les plus sincères que Pierre de Ronsard a jamais écrits, voire le sonnet XXXV (35) du second recueil des « Amours » de 1552-1553, intitulé « La continuation des amours » (1555) [1]. À la différence de la plupart de nos critiques littéraires, nous tenons tout simplement à vous présenter ce très beau sonnet émouvant tel qu'il est, sans essayer de vous impressionner. Alors, allez-y. Au fur et à mesure que vous lisez ce sonnet, vous allez sans doute en chérir davantage la beauté tout nuancée. Enfin, on ne doit pas négliger de vous présenter d'autres beaux poèmes plus anciens ou plus récents que celui de Ronsard et dans la même veine thématique, tout en faisant des comparaisons en passant entre ceux-ci et son sonnet XXXV. Le voici donc dans sa version intégrale selon l'orthographe française moderne et dans une nouvelle traduction par Richard Vallance.

On this note, we invite you to savour one of Pierre de Ronsard's most heartfelt sonnets ever, his Sonnet XXXV (35) of his second collection, "Les Amours" (Love: 1552-1553), published as, "Continuation des Amours" (1555) [1]. In a departure from our usual in depth reviews, this month we'd rather just let this refreshingly heart warming sonnet speak to you on its own terms. Just enjoy it and cherish its suave beauty. To whet your appetite for more of the same fare, we will draw passing comparisons between Ronsard's sonnet and similar love poems and sonnets that have graced the world's literature before and since. Here it is in its original French version standardized in modern French, and in a new translation by Richard Vallance.


Sonnet XXXV, Continuation des Amours

      Le Sonnet en français [2]

        Je vous envoie un bouquet que ma main
        Vient de trier de ces fleurs épanouies :
        Qui ne les eut à ces vêpres cueillies,
        Tombées à terre elles fussent demain.

        Cela vous soit un exemple certain
        Que vos beautés, bien qu'elles soient fleuries,
        En peu de temps seront toutes flétries,
        Et, comme fleurs, périront tout soudain.

        Le temps s'en va, le temps s'en va ma Dame,
        Las! le temps non, mais nous nous en allons,
        Et tôt serons étendus sous la lame :

        Et des amours desquelles nous parlons,
        Quand serons morts, n'en sera plus nouvelle :
        Donc, aimez-moi, cependant qu'êtes belle.

        Pierre de Ronsard (1524-1585)

      Je vous envoie un bouquet...    [3; English translation]

        This is as fine as fair a bouquet I
        May gather from my garden, May's delight:
        No sooner clipped your roses will you sigh,
        As they fall before dawn, fading with night.

        Is this Love's fairest lesson? Pray will you,
        As fair as you be, fade as fast as day,
        Will you fairly fade in dusk's sallow blue,
        When we with fairest roses flit away?

        Times flies by, flies on, oh my fondest Love,
        Alas, time flies! We must as soon depart
        As Time's scythe sweeps our cherished lives apart.

        Ah well! — this newfound Love of ours we share
        In lively conversation, comes of age:
        And so, I pray you, love me while you're fair.

        Translation into English Sonnet
        © by Richard Vallance 2006


Pourquoi ce sonnet exquis est si émouvant =
Why this exquisite love sonnet moves us so

Comment se fait-il que ce sonnet si singulièrement bien écrit puisse nous émouvoir si profondément ? Tout d'abord, il faut franchement constater que le sonnet nous émerveille tout simplement parce qu'il est si bien écrit. Quoi de plus simple ? Mais la séduisante simplicité manifeste du sonnet peut quand même décevoir. Là où Ronsard écrit à son mieux, son art va nécessairement nous éblouir. Et il nous émerveille avant tout quand il partage avec nous ses sentiments amoureux les plus intimes. C'est dans ce sonnet en particulier qu'il fait ressortir pleinement son amour guère déguisé auprès de la Marie reconnue des « Amours » et de « La continuation des amours ». Peu importe si la bien-aimée Marie est dame vivante de la cour royale ou personnage fictif. Car Ronsard reste toujours au sommet du panthéon des écrivains de sonnets qui préconisent l'amour dans les annales de la littérature occidentale. Aussi ce sonnet si justement réputé témoigne-t-il irrésistiblement de la sensibilité de Ronsard, amant quintessentiel.

Why does this singularly well crafted sonnet move us so? Well, in the first place, it is so emotionally appealing precisely because it is so well crafted. The sonnet's apparent simplicity and conversational ease is beguilingly deceptive. When Pierre de Ronsard is at his best, he truly shines. And he shines most when he is sharing with us his most intimate feelings of love, in this instance, his unabashed love for the famous Marie of the "Amours" and the "Continuation des Amours". Whether Marie is a fictional character, a figment of his imagination, or a lady of flesh and blood, is a moot point. Ronsard is one of the most eminently gifted of all sonneteers celebrating love in all of Western literature. This sonnet, justly famous as it is, bears compelling witness to the poet's sensibilities as a lover.

Ce qui m'impressionne avant tout, c'est la séduisante simplicité manifeste de ce beau sonnet, en ce qui concerne le déroulement tout à fait naturel de son discours. Car il me rappelle distinctement le sonnet 53 de William Shakespeare, « What is your substance whereof are you made... », qui est à sa façon aussi nuancé que celui-ci de Ronsard et que nous avons déjà analysé dans la Vallance Review 18, February 2003. Ces sonnets, tous les deux, témoignent d'un art élégant qui ne se présente que rarement dans les annales de la littérature occidentale.

I am particularly struck by the apparent ease and simplicity of language which informs this lovely sonnet, which reminds me for all the world of William Shakespeare's suave sonnet 53, "What is your substance whereof are you made...", the subject of our in depth analysis in Vallance Review 18, February 2003. The grace and nobility of both of these sonnets is almost unparalleled anywhere in the annals of Western poetry.

Mais il y a plus. Comme le sonnet 53 de William Shakespeare qu'on vient de citer, ce sonnet de Ronsard se classe parmi ses sonnets les moins artificiels et les plus abordables. À la différence de plusieurs de ses propres sonnets et de maints sonnets de Shakespeare, qui tendent à être tant soit peu prétentieux, celui-ci ne l'est pas du tout. Il y manque les complexes allusions mythologiques qui alourdissent si souvent les sonnets de l'époque. C'est ce genre d'allusions qui finit par nous embêter, nous les lecteurs modernes du vingt-et-unième siècle. Le style de ce sonnet de Ronsard, tel que celui du sonnet 53 de Shakespeare que j'admire énormément et tout autant, est à la fois dégagé et abordable. Ces deux sonnets dénotent une approche qui tient presque de la conversation mais c'est peut-être davantage le cas de celui de Ronsard. Je suis convaincu que Ronsard voulait bien adopter ce ton. Mais pourquoi donc ?

But there is more. Like William Shakespeare's sonnet 53 which we have just referred to, this is one of Ronsard's least contrived and most approachable sonnets. While some of Ronsard's sonnets, like those of his great English peer, verge on the pretentious, this one surely does not. Absent are those often convoluted mythological allusions, which plague so many Renaissance sonnets, and can often prove a real stumbling block to the modern twenty-first century reader sonnets. In this sonnet, as in Shakespeare's sonnet 53, which I also happen to admire hugely, the style is fluid, easy-going and accessible. The language is too. Both sonnets verge on the conversational, Ronsard's perhaps even more so than Shakespeare's. In the case of Ronsard's sonnet, there is abundant good reason for his adopting such a conversational tone.

Ayant lu ce sonnet sincère et dévoué, nous voilà donc qui nous nous demandons : est-ce bien possible que Ronsard écrit ici non seulement un sonnet mais aussi un billet doux à sa bien-aimée ? Et pourquoi pas ? Si ce n'est pas un véritable billet doux, au moins c'en est un fictif. Qu'en dites-vous ? Mais oui. Le sonnet sert de billet doux fictif, car il est bien évident que Ronsard n'écrit pas un billet doux de tous les jours à son amante. On a l'impression plus ou moins distincte que c'est là précisément son intention, c'est-à-dire d'en composer un. Mais il est trop timide. Il ne le peut. Quoi faire alors ? C'est bien simple. Au lieu d'écrire son petit billet doux à son amante, Ronsard compose à sa place son beau sonnet. Honni soit qui mal y pense ! Tout au cours de l'histoire, combien d'amants auraient bien voulu envoyer un beau petit billet doux chaleureux à leurs bien-aimées volages, mais ont échoué à cause de leur timidité ? Combien d'entre eux avaient toujours peur chacun de la bien-aimée, qui savait très bien les récuser et les blesser gravement ? Mais Pierre de Ronsard s'y connaissait. Il savait, lui aussi, que s'il écrivait un sonnet au lieu d'un billet doux, il en serait quitte. Car le sonnet s'adresse à tout le monde et non seulement à la soi-disante bien-aimée. Quelle perfection !

As we read this heartfelt sonnet, can we be blamed for getting the distinct impression that Ronsard is actually writing a "billet doux" to his belovèd with this sonnet, or at least a virtual "billet doux"? Why do I say, "virtual". The sonnet is a virtual billet doux, because it is quite apparent Ronsard is not writing a standard "billet doux d'amour", or love letter to his lover. We get the impression that's exactly what he would have loved to do... only he is too shy. So instead, he pens his immortal sonnet; and the world is the better for it! Throughout history, there has been many a lover who, for all his impassioned love for his elusive loved one, would have thrilled to send her his little "billet doux", but for his understandable timidity, could not and did not, fearing that she just might not accept his fine token of love. For Pierre de Ronsard, composing this exquisite sonnet is the ideal out, as we would say these days.

Qui plus est, il n'a même pas à lui donner (à son amante) le beau bouquet de fleurs (paraît-il de roses) qu'il vient de cueillir. Mais non. Car même le bouquet est fictif, autant que le petit billet doux. Deux fois quitte, n'est-ce pas ? Voilà donc un tour de force incomparable dans la littérature occidentale, que ce soit celle de l'antiquité, de la Renaissance ou de l'ère moderne.

Moreover, he doesn't even have to give her the lovely bouquet (presumably of roses) he has just picked for her. Why, even the bouquet is virtual, as much as is the billet doux. So his exquisite gem of a sonnet has, as the old saying goes, killed two birds with one stone. It is a poetic tour de force unparalleled in Western literature, ancient, renaissance or modern.

En fin de compte, on ne doit pas négliger de souligner le fait que Ronsard vouvoie sa bien-aimée tout au cours du sonnet. Dans le monde royal de la cour que le poète ne connaît que trop bien, il n'est pas question de tutoyer son amante. Jamais de la vie. Nefas est.

On a last note, we would be remiss were we not to highlight the fact that our poet couches the entire sonnet in the second person, addressing his lady as "vous" throughout. The familiar "tu" would have been entirely inappropriate in the courtly world Ronsard and his belovèd inhabited. Noblemen never addressed noblewomen, let alone other noblemen, with the familiar "tu". Nefas est. Or as we would say nowadays, "No way!"

Si d'une part ce sonnet remarquable nous touche aussi bien qu'il vouvoie sa bien-aimée, d'autre part il y réussit de façon formidable à aborder le sujet épineux de la mort. Car même en dépit de la présence inéluctable de la mort, à laquelle personne, bien-amant ou bien-aimée, n'échappe jamais, l'écrivain n'a pas peur de confronter la mort. C'est le tout dernier vers du sonnet qui en révèle toute la vérité :

But if this remarkable sonnet addresses us on a level of familiarity so exceedingly rare in sonnets of any age, it is all the more remarkable for tackling the thorny subject of death head on. Even in spite of the harsh reality of death, which no one escapes, lover and loved one alike, our sonneteer insists on flying right in death's face. That last verse tells all:

      Donc, aimez-moi, cependant qu'êtes belle.
      And so, I pray you, love me while you're fair.

Parmi les plus grands poèmes jamais composés, qui manifestent le génie de tous les grands poètes capables de surmonter, voire même dompter, la mort à force de leurs vers immortels, il y en a fort peu qui savent prétendre la bannir complètement, si ce n'est que pour un instant fugace. Mais voilà que Ronsard y réussit, franchement et honnêtement, dans son petit sonnet. Il n'a pas pourtant l'audace de s'approprier l'immortalité poétique. Il s'en faut de beaucoup. Il ne la réclame qu'à force d'aimer actuellement, vivant dans le moment fugace de son amour. N'est-ce pas vrai que le présent est le seul moment immortel ? Comme lui, nous ne vivons tous que dans le présent. Le sonnet se déroule uniquement dans le temps présent. Et ce sonnet est son cadeau qu'il nous offre librement de tout son coeur. Il n'y a rien de plus immédiat, de plus vivant ou de plus inspirant à l'âme.

So few of the world's greatest poems, past or present, that have extolled their poets' ability, through sheer genius, to overcome and even conquer Death through the immortality of their verse, so very few can claim to have banished death, however fleetingly, as frankly and honestly as does this humbling sonnet of Ronsard's. He does not claim immortality for himself as a poet. He does not claim it for the sonnet. He doesn't even claim it for his lover or himself. He only claims it for the act of loving, in the here and now, however ephemeral the moment of their loving may be. For the here and now, the present is indeed the only immortal moment, wherein we live and breathe and have our being. Everything in this sonnet aims right for the present tense and the present. The sonnet is a present, a gift, from Ronsard in his present to us in ours. What could be more immediate, more alive and more soul-inspiring? Nothing.


Les écrivains précurseurs de Ronsard =
Historical Precedents to Ronsard

Pour compléter notre critique littéraire de la Saint-Valentin en 2006, allons examiner quelques précédents historiques qui ont certes influencé Ronsard dans la composition idéale de son beau sonnet. Il faut comprendre que Ronsard n'imitait jamais de façon servile ses précurseurs historiques. C'est vrai que son inspiration brillante s'abreuvait à la leur. Pourtant, sa poésie se distingue par sa clarté aussi bien que la leur. Chacun de ses précurseurs suivait son propre génie, et Ronsard aussi suivait le sien. Les brèves citations ci-dessus tirées de ces poèmes antérieurs aux siens ne servent qu'à faire valoir le génie toujours croissant de Ronsard. Évidemment, il est très plaisant de lire ces anciens poèmes : je vous invite chaleureusement à les lire à coeur ouvert.

To round out our Valentine's Day review for 2006, I would like to draw your attention to certain historical precedents upon which Ronsard must have based at least the general idea of this sonnet. Ronsard was no mere slavish imitator of his historical percursors. He sought his brilliant inspiration from their equally brilliant examples. Where they shone before him, Ronsard shines with an equal lustre. While their genius was unique before him, his was undeniably so. The brief citations from those earlier poems merely serve to reinforce Ronsard's flowering genius. Of course, these earlier poems also make for delightful reading; so I urge you to open your minds and hearts to these poets too.

Ronsard s'inspirait pour ses sonnets des oeuvres de deux périodes historiques bien distinctes, dont la première celle des grands poètes latins tels Catulle, Ovide et avant tout, le grand poète lyrique, Horace, de l'époque d'Auguste (aux environs de 65 av. J.-C. - 20 apr. J.-C.) et la deuxième l'apogée des grands poètes italiens de la Renaissance tels Francesco Pétrarque (1304-1374). Parmi les odes d'Horace, il y en a un qui sert particulièrement d'inspiration au sonnet que nous vous présentons. Il s'agit de l'ode merveilleuse :

Pierre de Ronsard sought inspiration for almost all of his sonnets from two primary historical periods: (1) the age of the great Latin poets of the Augustan Age (ca. 65 BC - ca. 20 AD), such as Catullus, Ovid and above all, the great Latin lyricist, Horace and (2) the height of the great Italian poets of the Renaissance, such as Francesco Petrarch (1304-1374). One of Horace's odes in particular must have served as inspiration to the sonnet we review here. I speak of none other than Horace's luscious Ode:

Horatii Carmina Liber I Carmen V [4]

I: V

Quis multa gracilis te puer in rosa
perfusus liquidis urget odoribus
grato Pyrrha sub antro?...

... heu quotiens fidem
mutatosque deos flebit...

= Quel adolescent svelte, tout parfumé, s'empresse à vous embrasser dans la grotte aux délices ? ... passim... Hélas, il va certes souvent se plaindre à haute voix le manque de bonne foi chez les dieux volages !

= What slender young youth, bedewed with perfumes, is so eager to embrace you in a pleasant grotto?... passim... Alas, how very often shall he lament aloud how faith and the gods so change...?

Plusieurs fois au cours des odes, Horace veut, paraît-il, confronter la mort dans le défi de l'amour, sans pourtant y réussir, voyant s'évanouir tout son espoir. La quatorzième ode du Livre II des Odes nous rappelle nettement le même thème :

Several times in his Odes, Horace is seen to challenge death with the claims of love, only to see his hopes dashed. His justly famous fourteenth Ode in Book II repeats the theme with striking clarity:

II: XIV [5]

Eheu fugaces, Postume, Postume,
labuntur anni ...

= Hélas, Ô Posthume, Posthume, les années s'écoulent si rapidement ...

= Alas, O Posthumus, Posthumus, the years glide swiftly by...

Est-ce donc si surprenant que les odes d'Horace et ce sonnet de Ronsard sont thématiquement si semblables et qu'ils ont presque la même valeur émotionnelle ?

If Horace's Odes and Ronsard's sonnet reflect such a similar theme and emotional tone, should we be the least surprised?

C'est indubitablement le grand chef-d'oeuvre de Francesco Pétrarque, les Canzoniere ou ses chansons ou sonnets recueillis qui est le deuxième précédent principal des sonnets de Ronsard. Parmi les sonnets de Pétrarque, il y en a quelques-uns qui ressemblent notamment à ce sonnet de Ronsard. Examinons de plus près les sonnets suivants en texte intégral italien tirés des Canzoniere, soit les sonnets 32, 146, 162 et 165. Vous pouvez facilement les lire en italien ou en traduction parallèle en anglais dans le livre, Petrarch: Songs and Sonnets (Pantheon Press, 1946) [6.1].

The other major precedent which impacted the greatest number of Ronsard's sonnets was the Canzoniere or Collected Songs = Sonnets of Francesco Petrarch (1305-1374). Certain of Petrarch's sonnets in particular bear an uncanny resemblance to this sonnet of Ronsard's. I draw your attention to the following sonnets in the Canzoniere, which I invite you to read in the original Italian or in translation: sonnets 32, 146, 162 & 165, which you may read in the original Italian or in parallel English translation in Petrarch: Songs and Sonnets (Pantheon Press, 1946) [6.1].

Tous les sonnets cités ci-dessus sont exquis. Permettez-moi pourtant de vous citer quelques petits vers tirés de l'un d'entre eux, afin de vous illustrer combien ils devaient inspirer Ronsard à composer non seulement ce sonnet-ci, mais bien d'autres aussi :

All of the aforementioned sonnets of Petrarch are exquisite. Allow me, however, to cite just a few lines from one of them, to illustrate how they must have inspired Ronsard to compose not only the sonnet we review here, but plenty of others besides:

      162 [6.2]

      Lieti fiori et felici, et ben nate herbe
      che madonna pensando premer sòle;
      piaggia ch'ascolti sue dolci parole,
      et del bel piede alcun vestigio serbe;...

      =

      Heureuse les fleurs et toi, l'herbe bien cultivée,
      que ma bien-aimée aime tant fouler lors qu'elle médite ;
      marges de la mer à l'écoute, entendez les mots qu'elle a prononcés,
      et gardez-y un dernier vestige de ses petit pas ; ...

      =

      Glad, happy flowers and you, well-borne grass,
      That my lady in musing likes to tread;
      Sea-shore that listen (sic) to the words she said,
      And keep some vestige of her feet that pass;...



Les auteurs de sonnets contemporains de Ronsard et les emprunts historiques =
Sonneteers contemporary with Ronsard & historical derivatives

Tandis que Ronsard s'inspirait nettement des exigences de l'amour dans la vie transitoire dans la composition de tous ses beaux sonnets, ceux qu'il avait certes calqués sur les précédents historiques que nous avons déjà mentionnés, il s'en faut de beaucoup qu'il est le seul écrivain de sonnets de son époque à explorer si pleinement les nuances de l'amour humain. On n'a qu'à mentionner d'autres poètes renommés, tels que Joachim du Bellay et Louise Labé, qui eux aussi voulaient si souvent parler de l'amour, ainsi que plusieurs fameux écrivains de sonnets en Angleterre. Nous vous citons quelques exemples des sonnets les plus remarquables composés en anglais dans cette veine :

While Ronsard was clearly inspired to compose sonnets such as this one on the pressing claims of love in our all too brief mortal lives, sonnets which he based on the historical precedents we have highlighted above, he was far from being the only sonneteer of his day and age to do so. Other contemporary French sonneteers, such as Joachim du Bellay and Louise Labé, tried their hand at love sonnets, and so did many English sonneteers. Some of the more noteworthy examples of sonnets composed in this vein in English are:

1. Le sonnet LXX (70) tiré de Amoretti and Epithalamion [7] de Sir Edmund Spenser, d'où ce petit passage intrigant :
1. Sir Edmund Spenser's Sonnet LXX (70) from the Amoretti and Epithalamion [7], from which we draw this fascinating excerpt:

      ... all sorts of flowers the which on earth do spring
      in goodly colours gloriously array'd.
      Go to my love, where she is careless laid, ...
      ....passim...
      Make haste therefore sweet love, whilest it is prime,
      for none can call again the passed time.

N'est-ce donc pas notre thème familier ? Mais oui. Dans son sonnet, Spenser s'adresse nettement aux mêmes soucis que Ronsard dans le sien.

Sound familiar? It should. Spenser addresses quite the same concerns in his sonnet as Ronsard does in his.

2. Voulant assurément dépasser son rival, William Shakespeare, lui aussi, s'adresse aux mêmes soucis dans plusieurs de ses sonnets les plus renommés, parmi lesquels nous comptons sans doute le sonnet 53 que nous avons déjà cité. Parmi ses sonnets, il y en a plusieurs qui traitent aussi de l'embarras de l'amour humain face à la mort qui nous poursuit toujours. Le sonnet 116 semble particulièrement rappeler le sonnet XXXV de Ronsard de la Continuation des Amours (1555) :

2. Not to be outshone, William Shakespeare was to raise the same concerns again in several of his most famous sonnets, amongst which we may surely count Sonnet 53 referenced above. Several other sonnets of his also deal with the dilemma of mortal love in the face of all consuming death. Sonnet 116 in particular seems to echo Ronsard's Sonnet XXXV in the Continuation des Amours (1555):

      Love's not Time's fool, though rosy lips and cheeks
      Within his bending sickle's compass come: ... [8]

Tout splendide que soit ce beau sonnet, autant que plusieurs autres écrits notamment par Sir Thomas Wyatt, Edmund Spenser, William Shakespeare et Samuel Daniel, je dois franchement avouer que j'ai l'impression qu'aucun d'entre eux n'atteint guère l'angoisse profonde et la présence immédiate des émotions que représente si nettement ce sonnet si intime de Ronsard, « Je vous envoie un bouquet... » À la différence de ce beau sonnet de Ronsard, ceux-là me paraissent tous un peu artificiels, voire légèrement théoriques. Facile à comprendre. Remarquez bien que tous les sonnets cités ci-dessus sont écrits à la troisième personne, tandis que le sonnet seul de Ronsard s'écrit à la deuxième personne. C'est Ronsard uniquement qui vouvoie sa bien-aimée. Voilà donc toute la différence.

As splendid as this sonnet is, as many others are besides that Sir Thomas Wyatt, Edmund Spenser, William Shakespeare, Samuel Daniel et alii penned, I cannot help but feel none of them quite plumbs the depths of emotional angst, none quite attains the immediate intimacy of Ronsard's intensely personal, "Je vous envoie un bouquet...". Set beside Ronsard's sonnet they all seem a little artificial, ever so slightly academic. And no wonder. All of the sonnets I have just cited are composed in the rather more impersonal third person, whereas Ronsard alone of all these famous poets has troubled himself to address his loved one directly, in the more personal second person.

3. Il a fallu plusieurs siècles avant qu'un autre écrivain de sonnets languissant d'amour retrouve l'inspiration géniale à confronter directement l'embarras de l'amour et de notre vie mortelle devant l'amour. Il s'agit d'Elizabeth Barrett Browning, qui s'adresse à son bien-aimé dans ses sonnets exquis, Sonnets from the Portuguese. Chose remarquable, elle aussi sait vouvoyer son amant, suivant de près son grand précurseur, Pierre de Ronsard. Parmi tous les sonnets en anglais, celui qui ressemble étroitement à celui de Ronsard, c'est à mon avis indubitablement le sonnet 44 des Sonnets from the Portuguese. Voici donc le texte intégral de ce sonnet si émouvant :

3. It was to be several centuries later before another lovestruck English sonneteer of similar genius would again tackle head on the dilemma of love's insistent mortality. I speak of none other than Elizabeth Barrett Browning who, in her exquisite Sonnets from the Portuguese, once again addresses her belovèd, and again in the second person, just like Ronsard before her. The one sonnet in English which most closely resembles Ronsard's inimitable sonnet both in theme and in spirit is, to my mind, without a doubt her touching Sonnet 44:

      XLIV (44) [9]

      Belovèd, thou hast brought me many flowers
      Plucked in the garden, all the summer through
      And winter, and it seemed as if they grew
      In this close room, nor missed the sun and showers.
      So, in the like name of that love of ours,
      Take back these thoughts which here unfolded too,
      And which on warm and cold days I withdrew
      From my heart's ground. Indeed, those beds and bowers
      Be overgrown with bitter weeds and rue,
      And wait thy weeding; yet here's eglantine,
      Here's ivy!--take them, as I used to do
      Thy flowers, and keep them where they shall not pine.
      Instruct thine eyes to keep their colours true,
      And tell thy soul, their roots are left in mine.

      Elizabeth Barrett Browning (1806-1861)

Si l'on compare ce beau sonnet d'.E.B. Browning à tous les poèmes d'Horace cités ci-dessus et aux sonnets de Pétrarque, de Spenser et de Shakespeare, on perçoit facilement que celui-ci suit de plus près l'exemple du sonnet de Ronsard dans son optique thématique, émotionnelle et spirituelle. On ne s'étonne pas non plus de ce qu'elle aussi vouvoie son bien-aimé de façon toute personnelle et intime, selon l'exemple établi par Ronsard. C'est pourquoi nous avons choisi de vous présenter le texte intégral de ce sonnet émouvant, car ce beau poème sait nous émouvoir aussi vivement que celui de Ronsard.

Of the two ancient poems by Horace I have cited, and all of the other sonnets by Petrarch, Spenser and Shakespeare, this sonnet by E.B. Browning most closely parallels Ronsard's thematically, emotionally and spiritually. Nor can we fail to notice that she too, like Ronsard before her, chooses to couch her sonnet in the second person, addressing her loved one in the most intimate and personal way she possibly can. That is why we have presented her moving sonnet here in its entirety, simply because it appeals to us as dearly as does Ronsard's own gem.

Sur ce, en terminant, nous voulons vous inviter à relire ces deux beaux sonnets qui caractérisent si merveilleusement les préceptes de l'amour humain.

And on that note, we leave you to cherish love's own precepts all these poems so stunningly embody.


Next month, March 2006, Percy Bysshe Shelley's "Ode to the West Wind"

À venir en mars 2006 : la critique littéraire des 5 sonnets renommés en séquence stricte de Percy Bysshe Shelley, qui constituent son ode splendide en format terza rima , soit le « Ode to the West Wind ». Alors restez en ligne.

Coming in March 2006, we review Percy Bysshe Shelley's famous terza rima "Ode to the West Wind", which is comprised of 5 terza rima sonnets in sequence. Keep posted.

© par = by Richard Vallance le 29 janvier, à l'aide éditoriale de Louis-Dominique Genest = January 29 2006, with the editorial assistance of Louis-Dominique Genest


References et = & Notes

[1]  Ronsard, Pierre de. Les Amours. Paris : Éditions Garnier Frères, © 1963. lxxvii, 880 pp. Ce sonnet se trouve à la page 193 = This sonnet is on page 193.   Vous pouvez aussi lire ce sonnet chez le lien suivant en ligne = You may also read this sonnet online here : Pierre de Ronsard (1524-1585)
[2] Pierre de Ronsard (1524-1585)
[3] Ibid.
[4]  Quintus Horatius Flaccus (65 - 8 BC), Carmina: Horatii Carmina Liber I Carmen V
[5] Q. Horatii Flacci Carminum Liber Secundus: II: XIV
[6.1]  Armi, Anna Maria, trans. Petrarch: Sonnets & Songs. New York: Pantheon Books Inc., © 1946. xlii, 521 pp.
[6.2] Ibid.  pp. 254-255   Text also online in Italian only here: Francesco Petrarca. Rerum vulgarium fragmenta
[7]  Spenser, Edmund, 1552?-1599. Amoretti and Epithalamion: Electronic Text Center, University of Virginia Library SONNET LXX (70)
[8]  everypoet.com. Archive of Classic Poems. William Shakespeare Sonnets. Sonnet 116
[9]  XLIV. "Belovèd, thou hast brought me many flowers..." by Elizabeth Barrett Browning (1806-1861)
[10] Bartelby.com P.B. Shelley. CCLXXV. Ode to the West Wind


Richard Vallance is the author of:

Canadian Federation of Poets: Poetry Lessons: Lesson & Exercise - Week 18 SONNETS

in The Canadian Federation of Poets weekly Poetry Progress Lessons & Exercises series

SONNETTO POESIA is published quarterly in print & is advertised on the front page of the current issue of Poetry Life and Times. To subscribe to SONNETTO POESIA, contact the editor, Richard Vallance. To read the earlier e-zine back issues, visit the sonnet journal's Home Page here:


SONNETTO POESIA ISSN 1705-4524


SONNETTO POESIA ISSN 1705 4524 Vol. 5 no 1, winter 2006 is in print.   In this and in every issue thereafter, the first page is dedicated to an historical sonnet, which has been previously been reviewed in The Vallance Review, Poetry Life & Times.

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